Auteur : Christian LUTZ, MD, PhD – Institut de Chirurgie Orthopédique et Sportive, Strasbourg
Résumé
Un match de foot, une réception maladroite, un craquement… et le patient arrive avec un genou gonflé. La radio est normale. On lui parle d’IRM… mais le rendez-vous est dans 4 semaines.
Et si le diagnostic pouvait être posé… tout de suite ?
Dans ce contexte, l’examen clinique conserve une valeur irremplaçable car il est rapide et fiable, évitant l’absence de consigne claire ou de rééducation dans l’attente prolongée du rendez-vous de l’IRM. Cette errance diagnostique peut entraîner des retards de prise en charge, des immobilisations
injustifiées et des risques de complications médicales (raideur, phlébite).
La première étape consiste à éliminer les 3 lésions graves nécessitant un avis chirurgical urgent :
- fractures
- ruptures de l’appareil extenseur
- lésions multiligamentaires
Ces diagnostics étant écartés, un interrogatoire précis (mécanisme, symptômes immédiats et secondaires) et un examen clinique systématisé, même devant un genou gonflé, guident les hypothèses par quelques tests simples mais à forte valeur diagnostique
- Lachman → rupture du ligament croisé antérieur (LCA)
- Smillie → luxation ou subluxation de rotule
- McMurray → lésion méniscale
- Valgus dynamique à 30° → atteinte du ligament collatéral médial (LCM)
- Tiroir postérieur → rupture du ligament croisé postérieur (LCP)
Pour ces lésions, l’appui est autorisé avec aide technique si nécessaire, une orthèse adaptée peut être proposée, et la kinésithérapie doit être débutée immédiatement pour préserver les amplitudes et la fonction musculaire. L’IRM garde une place centrale, mais elle doit être demandée de façon ciblée, en appui sur les données cliniques.
Pourquoi persister à examiner ?
Parce que c’est le meilleur moyen actuel d’obtenir un diagnostic rapide, de ne pas méconnaître une urgence, et d’éviter la surconsommation d’examens ou de traitements inutiles. C’est aussi réduire l’impact psychologique, familial, sportif et économique pour le patient. L’examen clinique est une compétence clé à forte valeur diagnostique, dès lors qu’il est maitrisé.
Conclusion
L’évaluation clinique du genou traumatique reste une étape incontournable. Elle permet d’identifier sans délai les lésions graves, d’orienter efficacement l’imagerie et d’initier une prise en charge
précoce. À l’ère de l’imagerie omniprésente, il est essentiel de rappeler que la main et l’œil du clinicien demeurent les meilleurs outils de triage et d’orientation thérapeutique.
Mots-clés
Genou traumatique, examen clinique, ligament croisé, luxation rotule, lésion méniscale, diagnostic
rapide.
