Marc RETALI
Introduction
La périostite tibiale est définie comme une inflammation du périoste, membrane qui recouvre l’os du tibia, souvent secondaire à un stress mécanique répété. Sa prévalence est estimée entre 13 et 17 % chez les coureurs (Newman et al., 2013), et la première localisations des pathologies du coureur a pied , devant la tendinopathie d’achille et l’aponevrosite plantaire ( systematic review , Dias Lopez 2012) .

La gestion de cette pathologie nécessite une approche diagnostique rigoureuse afin de différencier la périostite des autres causes de douleurs tibiales, et une stratégie thérapeutique pluridisciplinaire.
Historiquement en France 3 entités différentes sont décrites, la périostite tibiale , le syndrome de loge d’effort et la fracture de fatigue du tibia mais il devient de plus en plus commun de de considérer la vision anglo-saxon qui uniformise ces 3 pathologie en une seule appelée médial stress syndrom

Étiopathogénie
Les facteurs favorisants la survenue de la périostite tibiale sont multiples :
- Surcharge mécanique : augmentation brutale de l’intensité ou du volume d’entraînement
- Facteurs biomécaniques : pronation excessive du pied, inégalité de longueur des membres inférieurs, raideur du complexe musculo-tendineux
- Facteurs extrinsèques : chaussures inadéquates, terrain dur
- Facteurs intrinsèques : troubles statiques hyper pronation ++( PearlStat 2023 ) , antécédents de périostite

L’association de ces facteurs conduit à des microtraumatismes répétés sur le périoste tibial, responsable de la symptomatologie douloureuse (Moen et al., 2009).
Diagnostic clinique et examens complémentaires
Le diagnostic repose avant tout sur la clinique :
- Douleur à la palpation du bord médial du tibia, généralement sur une zone étendue (>5 cm)
- Douleur déclenchée ou aggravée par l’effort, parfois persistante au repos à un stade avancé
- Absence de signes inflammatoires locaux importants
Les examens complémentaires sont utiles pour le diagnostic différentiel :
- Radiographie standard : généralement normale, permet d’écarter une fracture de fatigue
- Imagerie par résonance magnétique (IRM) : révèle parfois un œdème du périoste ou de la moelle osseuse
- Scintigraphie osseuse : peut montrer une hyperfixation linéaire figure 6
Diagnostics différentiels
La périostite tibiale doit être distinguée d’autres pathologies douloureuses de la jambe, notamment :
- Fracture de fatigue du tibia : douleur plus localisée, apparition parfois brutale, imagerie pathologique
- Syndrome des loges : douleur survenant à l’effort, associée à une tension musculaire, paresthésies, parfois déficit moteur
- Tendinopathies : atteinte du tendon tibial postérieur ou du long fléchisseur des orteils
- Compression nerveuse : particulièrement le nerf saphène ou le tibial postérieur
La démarche diagnostique doit donc être méthodique afin d’éviter un retard de prise en charge ou un traitement inadapté (Yates & White, 2004).
Prise en charge médicale
La prise en charge de la périostite tibiale est essentiellement médicale et repose sur plusieurs axes :
Repos et adaptation de l’activité
Le repos sportif relatif est fondamental. Une diminution temporaire ou la modification du type d’activité physique permet la récupération ; l’arrêt complet n’est cependant pas toujours nécessaire.
Physiothérapie
Les techniques de physiothérapie sont nombreuses (étirements, renforcement musculaire, cryothérapie, massages transverses profonds). Les exercices d’étirement des muscles du mollet et du pied sont particulièrement recommandés.
Médicaments
L’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peut être proposée sur une courte période pour soulager la douleur, bien que leur efficacité sur l’évolution à long terme soit discutée.
Correction des facteurs de risque :orthèses plantaires
Le traitement biomécanique est central, surtout en cas de troubles statiques ou de pronation excessive. Les semelles orthopédiques permettent de corriger les défauts d’appui et de réduire les contraintes sur le tibia (Gallo et al., 2006). Plusieurs études montrent une diminution significative des douleurs et des récidives chez les patients appareillés avec des orthèses plantaires adaptées (Loudon & Reiman, 2012). Les orthèses sont réalisées sur mesure après un examen podologique approfondi.

Autres traitements
Dans certains cas réfractaires, d’autres approches peuvent être envisagées : ondes de choc, immobilisation temporaire, voire chirurgie de décompression (rarement indiquée).

Prévention
Une bonne hygiène sportive contribue à limiter les risques de périostite tibiale :
- Progression graduelle des charges d’entraînement
- Port de chaussures adaptées et en bon état
- Correction des troubles statiques par des semelles orthopédiques
- Surveillance médicale régulière chez les sportifs à risque
Conclusion
La périostite tibiale est une pathologie fréquente et potentiellement invalidante chez les sportifs. Son diagnostic repose sur la clinique, appuyée par l’imagerie en cas de doute diagnostique. Le traitement est avant tout conservateur, associant repos, physiothérapie, semelles orthopédiques et correction des facteurs de risque. L’efficacité des orthèses plantaires est bien démontrée, tant dans la prise en charge que dans la prévention des récidives. Une approche pluridisciplinaire et personnalisée reste la clé d’une prise en charge optimale.
Références bibliographiques
- Gallo, R. A., Plakke, M., Silvis, M. L. (2006). Common leg injuries of long-distance runners: Anatomical and biomechanical approach. Sports Medicine, 36(8), 625-635.
- What are the main running-related musculoskeletal injuries? A Systematic Review.Lopes AD, Hespanhol Júnior LC, Yeung SS, Costa LO.
Sports Med. 2012 Oct 1;42(10):891-905. doi: 10.1007/BF03262301.
- Detmer, Blaimont , col Chronic compartment syndrome: Diagnosis, management, and outcomes, SAGE 1985
- Pearlstat Medial Tibial Stress Syndrom Charles J. McClure; Robert Oh, 2023
- Loudon, J. K., Reiman, M. P. (2012). Syndromes de stress tibial médial et rôle des orthèses plantaires. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 42(10), 918-926.
- Moen, M. H., Tol, J. L., Weir, A., Steunebrink, M., De Winter, T. C. (2009). Medial tibial stress syndrome: A critical review. Sports Medicine, 39(7), 523-546.
- Newman, P., Witchalls, J., Waddington, G., Adams, R., Blanch, P. (2013). Risk factors associated with medial tibial stress syndrome in runners: A systematic review and meta-analysis. Open Access Journal of Sports Medicine, 4, 229-241.
- Yates, B., White, S. (2004). The incidence and risk factors in the development of medial tibial stress syndrome among naval recruits. American Journal of Sports Medicine, 32(3), 772-780.
